mardi 06 janvier 2009

Le 20 janvier 2008, les médias du monde entier relayaient une nouvelle spectaculaire, en provenance du Pérou : une nouvelle cité inca venait d’être découverte dans le district de Kimbiri, du département de Cusco, et l’on prononçait déjà le nom de Païtiti…
Un complexe archéologique important, connu sous le nom de Manco Pata fut en effet "découvert" récemment à trente kilomètres à l’est du district de Kimbiri, dans la vallée des rios Apurímac et Ene (VRAE), provoquant la stupeur des habitants de la région, selon le maire Guillermo Torres Palomino.

Sièges de pierre, découverts en janvier 2008 dans la forteresse inca de Manco Pata, district de Kimbiri.
(Photo : Agence Andina/Municipalité de Kimbiri, janvier 2008)
D’après les renseignements donnés par l’INC-Cusco et l’Agence de Presse de Lima Andina, le site serait localisé dans le territoire de la communauté paysanne Unión Vista Alegre, du centre de population de Lobo Tahuantinsuyo et couvrirait une superficie de 40.000 mètres carrés, lesquels seraient couverts en grande partie d’une épaisse forêt vierge.
Suite à une opération communale de nettoyage, le 29 décembre 2007, d’énigmatiques et impressionnantes structures de pierres, finement taillées et unies avec une grande précision, à la mode inca, auraient alors surgi, révélant d’immenses parois et des murs.
Devant les caractéristiques architecturales observées, l’alcalde n’écarta pas la possibilité que ce complexe archéologique puisse appartenir à la mythique cité perdue de Païtiti, considérée par bon nombre d’archéologues, comme la plus grande énigme archéologique d’Amérique du Sud.
Heureusement, l’archéologue Francisco Solis, de la Direction d’Investigation et du Cadastre de l’INC-Cusco, déclare de son côté qu’il est impossible d’avancer de telles spéculations :
"Il est très prématuré d’avancer qu’il pourrait s’agir d’une partie du complexe archéologique de Paititi (comme le signale l’alcalde Torres)", déclare-t-il, le 20 janvier dernier à l’agence Andina, "mais on ne peut non plus écarter totalement cette hypothèse. Apparemment, il n’y aurait aucune concordance avec ce que disent les documents de l’époque sur Paititi, qui la localisent dans une autre direction."
Torres avance que toute cette zone devrait être prochainement déclarée "Patrimoine culturel, intangible et réserve éco touristique du district de Kimbiri et du VRAE" et devrait être incluse dans les futurs circuits touristiques de la région, du VRAE et de Cusco.
De son côté, le Directeur du Bureau Sub Régional de Kimbiri, Carlos Mallquis, a fait savoir que la découverte de Kimbiri avait déjà été signalée au Président du Gouvernement Régional de Cusco, Hugo Gonzales Sayán, et au conseiller régional Carlos Dargent Holgado.

Détail d’un mur de la forteresse inca de Manco Pata, district de Kimbiri. L’existence du site était connue des habitants de la région depuis des années.
(Photo : Agence Andina/Municipalité de Kimbiri, janvier 2008)
Une équipe d’archéologues organisée par l’Institut National de Culture (INC) de Cusco devait se mettre en marche, au début du mois de février 2008, pour effectuer les premières études scientifiques du site, que la population locale désigne depuis toujours comme la "forteresse archéologique de Manco Pata".
Les travaux préliminaires devaient comprendre un registre cadastral des ruines et une datation du site, ainsi que l’analyse des structures afin de déterminer si le site est bien d’origine inca ou s’il n’appartenait pas à un groupe ethnique antérieur.
S’il s’agit bien d’un site inca, il conviendra alors de déterminer à quelle époque de l’histoire de l’empire le rattacher et déterminer son importance. A partir de là, il sera alors possible d’entreprendre les premières interprétations sur l’origine et la fonction de Manco Pata. Tours, centres cérémoniels, habitations, etc., sont aujourd’hui étudiés. Mais le site est encore loin d’avoir livré ses secrets. On s’attend à découvrir de nombreuses autres constructions et peut-être aussi des tunnels.
Cette forteresse, quasi intacte, pourrait avoir été construite par les Incas à l’époque où Manco Inca s’enferma dans la vallée de Vilcabamba, après l’invasion du pays par les conquistadors espagnols.
Il existe encore dans cette région un nombre impressionnant de sites archéologiques encore non identifiés. La zone de Vilcabamba pourrait avoir constitué, avant même l’arrivée des conquistadors, une sorte de corridor de cités incas, reliant les zones sud et orientale de l’empire aux régions du nord.
La Direction d’Investigation et de Cadastre de l’INC-Cusco a pour rôle d’identifier et d’étudier les vestiges historiques et archéologiques du département et peut déclarer certains monuments comme patrimoines culturels. A ce jour, une centaine de sites ont déjà été qualifiés de "patrimoines culturels" par cette administration.
Si Manco Pata n’a, selon nous, rien à voir avec la cité sacrée de Païtiti, sa découverte officielle a au moins le mérite de démontrer qu’il existe encore au Pérou quantité de sites archéologiques exceptionnels à découvrir.
Depuis la mise au jour de Caral, une ère de découvertes extraordinaires semble aujourd’hui s’être ouverte au Pérou, modifiant considérablement notre vision de l’histoire des Incas et de l’Amérique du Sud précolombienne.
Thierry Jamin
National Geographic Channel (USA), Janvier 2008
Panamerican Television (Pérou), Janvier 2008