jeudi 11 mars 2010

Visuel Païtiti

Les habitants de la forêt

Entre le rio Alto Madre de Dios et la limite de la zone réservée du Parc National du Manú vivent deux établissements humains dont le territoire de juridiction est séparé par le rio Palotoa : il s’agit de la communauté de Palotoa-Llactapampa, située sur la rive droite du fleuve, peuplée de colons métis originaires des Andes (Puno et Cusco), d’un tempérament parfois ombrageux ; et de la communauté native de Palotoa-Teparo, établie sur la rive gauche du fleuve et peuplée de Machiguengas de diverses provenance et d’un tempérament accueillant.

En raison de leur isolement nous ne disposons pas de renseignements fiables sur le nombre des familles machiguengas qui vivaient autrefois dans la zone historico-culturelle du Parc National du Manú. Quelques témoignages du début du XXème siècle mentionnent leur présence dans la forêt du Manú parmi d’autres communautés : les Piros, les Amawakas, les Machcos et les Huachipaires. Mais aucune donnée numérique n’est vraiment disponible. Une carte du Madre de Dios, contemporaine au gouvernement du Général Oscar R. Bénavides, indique tout au plus une population globale du département estimée à vingt mille âmes. Aujourd’hui encore, le recensement des populations indigènes, vivant dans un isolement total, reste pratiquement impossible à établir.

Machu Picchu
Quelques cabanes, ou pangotsis, non loin des pétroglyphes de Pusharo. (Photo : Florence Dugowson/Intipress/Media Prod, août 2001)

S’agissant des Machiguengas, plusieurs groupements étaient répertoriés dans les environs des pétroglyphes de Pusharo voici une trentaine d’années. Ils vivaient dans un habitat relativement dispersé et l’on estimait leur nombre au début des années ’70 à 150 individus environ. Malheureusement, une épidémie de grippe se propagea rapidement et décima la presque totalité de la population. Quelques temps plus tard, lorsqu’une compagnie pétrolière, la Cities Services Oil Company, réalisa diverses opérations de prospections dans la région du Palotoa, entre 1973 et 1976, plusieurs survivants migrèrent vers l’embouchure du rio Palotoa, où ils formèrent un nouvel établissement sous la direction de Vitaliano Cabrera Morales.

Machu Picchu
L'un des vieux sages de la communauté de Palotoa-Teparo. (Photo : Thierry Jamin, août 2006)

Les quelques familles qui se maintinrent dans la zone de Pusharo se joignirent peu à peu à la communauté de Palotoa-Teparo, de telle sorte qu’aujourd’hui plus aucune famille machiguenga ne vit désormais dans la zone immédiate des pétroglyphes. Quelques membres d’une même famille, vivent encore au point de confluence du rio Palotoa et du rio Sinkebenia, connu sous le nom de Abaroa. Ce territoire est cependant placé sous la juridiction de la communauté de Palotoa.

Depuis les premières années de nos expéditions dans le Parc National du Manú (1998), nous avons la chance de côtoyer les habitants de Palotoa-Teparo et de vérifier à chaque fois leur grande gentillesse et leur hospitalité. Je me souviens notamment du jour où, après un naufrage au cours duquel nous avions tous failli perdre la vie (2001), les habitants de Palotoa nous avaient recueilli et réconforté.

Les Machiguengas ne connaissent ni le bien ni le mal. Ils ne connaissent pas la propriété : « Si tu as quelque chose, tu dois le partager. Si j’ai quelque chose je le partage avec la communauté. » C’est leur philosophie, leur manière de vivre. Ils vous apprennent à voir le monde autrement et vous font redécouvrir des valeurs de moins en moins répandues dans notre monde moderne : notamment la fraternité entre les peuples et la solidarité.

Machu Picchu
La communauté de Palotoa-Teparo et quelques habitants. (Photo : Thierry Jamin, août 2006)

C’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs années, nous essayons de soutenir cette communauté.

ATTENTION : nous ne leur amenons pas notre modernité de manière forcée ! Nous essayons seulement, à notre mesure, de répondre à leurs demandes occasionnelles d’aide. Parce que le monde est tellement meilleur avec un peu de solidarité !

Vous trouverez, dans les pages suivantes, les dernières opérations que nous avons réussi à monter au profit de mes amis Machis.

Après une magnifique opération d’échanges entre les enfants d’une école primaire du sud de la France et les enfants de la communauté, nous essayons à présent de financer aux habitants de Palotoa-Teparo l’installation de quelques panneaux solaires pour leur apporter un peu d’énergie électrique.

Les Internautes désireux de nous apporter leur soutien sont naturellement les bienvenus !

Au nom de mes amis Machiguengas, je vous en remercie infiniment.

Thierry Jamin

 

© Thierry Jamin, 1998-2010 - Réalisation : PRODIRIS Mentions légales | Haut de page