Corihuayrachina, une cité (re)découverte

Le 3 avril 2002 le célèbre journal français « Le Monde » consacrait une page entière à la découverte fabuleuse d'une cité inca, baptisée Corihuayrachina ! La cité était pourtant bien connue des aficionados de l'exploration sud-américaine depuis les débuts du XXème siècle ; mais elle restait vierge de toute étude scientifique et de tout programme de préservation.

Corihuayrachina
Localisation générale de Corihuayrachina au Pérou

Les ruines redécouvertes au sommet du Cerro Victoria, dans la cordillère des Andes, par une équipe d'archéologues étaient-elles celles du dernier refuge du pouvoir inca face à l'avancée des conquistadors ? Pour répondre à cette question, elle devra mener des fouilles approfondies.

Corihuayrachina est située dans la chaîne de Vilcabamba, à 35 kilomètres au sud-ouest de Machu Picchu, non loin de Curamba et de Choquequirao.

 

Corihuayrachina
Corihuayrachina, la cité « découverte » en 2001, était connue des locaux depuis des années...

Redécouverte en juin 2001 lors d'une expédition financée par la National Geographic Society et deux sociétés, Mountain Hardwear et Geophysical Survey Systems, l'existence de cette cité présentée sur le site Internet de National Geographic ne fut annoncé qu'en 2002, à l'occasion d'une conférence de presse tenue au Pérou en présence du vice-président du pays, Raúl Diez Canseco.

Beaucoup de ruines inconnues !

L'expédition, composée de neuf personnes, était dirigée par l'archéologue péruvien Alfredo Valencia Zegarra, auteur de nombreuses fouilles à Machu Picchu et à Cusco. Sur place, les chercheurs ont localisè un vaste ensemble de bâtiments répartis sur une superficie d'environ 6 km². Parmis ceux-là, une plate-forme sacrificielle entourée d'un mur bas et une construction à trois pans probablement dédiée à la célébration d'importantes cérémonies religieuses. Des squelettes retrouvés dans des tombes souterraines et des restes mortuaires brûlés dans des bâtiments ronds semblent encore attester la présence d'une vie relativement active. Des murs de style inca, des terrasses utilisées pour les cultures, un grenier, des restes d'enclos pour le bétail et un peu plus d'une centaine de bâtiments circulaires, construits en pierre, ont également été identifiés.

« Le site que nous avons découvert », explique Alfredo Valencia Zegarra, « était suffisamment important pour les Incas pour qu'ils aient construit un aqueduc long de 8 kilomètres pour apporter de l'eau. »

D'après cet archéologue de l'Université San Antonio Abad de Cusco, les vestiges repérés ne représenteraient qu'une partie d'un ensemble beaucoup plus vaste.

« La région du Cerro Victoria, » dit-il, « comporte, en réalité, plusieurs sites archéologiques importants non encore mis à jour…»

Les ouvrages circulaires sont assez typiques des maisons construites par les habitants de la région avant l'arrivée des Incas. Mais les restes mis au jour attestent, cependant, une occupation inca.

L'expédition proprement dite demanda deux années de préparation, en raison de difficultés d'accès au site, recouvert en grande partie par une végétation assez dense. Les membres de l'expédition en durent passer quatre jours sur le rio Apurimac, puis marcher dans des conditions très difficiles jusqu'au Cerro Victoria.

Sur place vivent encore deux familles indiennes, installées là depuis deux ans et qui cultivent la terre sur d'anciennes terrasses de culture.

Les archéologues, qui n'ont fait que redécouvrir un site signalé dès le début du XXème siècle –et que visita Bingham !-, se demandent si Corihuayrachina ne serait pas la cité perdue de Vilcabamba, l'un des derniers refuges du pouvoir inca face à la conquête espagnole. Dans une ultime résistance aux envahisseurs espagnols, les rebelles incas dirigés par Manco II s'étaient en effet repliés dans les escarpements boisés et sauvages de la cordillère de Vilcabamba, une région au relief tourmenté, située entre les deux rios Urubamba et Apurimac.

Cette zone sera le foyer d'une résistance qui dura plus de trente ans et qui se termina dans le sang, en 1572, par l'exécution de Tupac Amaru, le dernier des souverains incas.

Depuis des décennies, explorateurs et aventuriers recherchent la cité perdue des Incas rebelles. Et c'est en la cherchant lui-même qu'Hiram Bingham, découvrit Machu Picchu en 1911.

Beaucoup d'archéologues doutent, cependant, qu'il s'agisse du dernier refuge des Incas.

Une expédition « médiatique »

« C'est une expédition à caractère médiatique effectuée dans le cadre de National Geographic,» soulignait dans « Le Monde » Jean-François Bouchard, directeur de recherche au CNRS, archéologue spécialiste des civilisations andines à la Maison de l'Archéologie et de l'Ethnologie de Nanterre.

« Cependant, » tempère-t-il, « cela semble intéressant, car le site paraît relativement vaste, beaucoup plus important que beaucoup de sites périodiquement découverts au Pérou. »

Ce qui étonne Bouchard, c'est que l'équipe mit au jour de nombreuses constructions circulaires. Les Incas construisaient plutôt des plans rectangulaires. Dès lors, y eut-il une superposition d'occupations, peut-être pré-inca et inca de diverses périodes. Seules des fouilles pourront en apporter la preuve…

Une chose est sûre. La région de la sierra de selva, où se trouve le Cerro Victoria, sur le flanc oriental des Andes, tournée sur la forêt amazonienne, a de tout temps été occupée par des populations qui y cultivaient des plantes qui ne poussaient qu'en haute altitude.

Pour en savoir plus sur Corihuayrachina, consultez le site du National Géographic.

Thierry Jamin

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