Les mystérieuses « pyramides » amazoniennes (1998-2002)

En ce qui me concerne, cela fait une douzaine d’années que je m’intéresse à l’histoire de cette ville perdue et que je consacre une grande partie de mes recherches à l’étude de la présence permanente des Incas en forêt amazonienne, réalisant chaque année plusieurs expéditions.

South Americam Magazine
Révélées pour la première fois dans le "South American Explorer Magazine", (N°1, octobre 1977), les "pyramides" de Paratoari n'en finissent pas de nourrir les hypothèses les plus folles...

Diplômé de l’université François Rabelais de Tours en Histoire & Géographie (DEUG Histoire-Géo, Licence Histoire-Géo, Maîtrise Histoire Moderne) et de l’université de Toulouse le Mirail en Histoire & Archéologie (DEA Études sur l’Amérique latine), mon intérêt pour cette histoire est né il y a une vingtaine d’années à la suite de la découverte de curieuses photos satellites. Elles avaient été réalisées en décembre 1975 dans le sud-est du Pérou par un satellite américain d’observation de la Terre (ERTS), Landsat II. On avait repéré sur certaines d’entre elles une sorte d’immense “amphithéâtre”, situé au pied d’une montagne de moyenne altitude, à l’intérieur duquel de mystérieux “points”, symétriquement disposés, semblaient signaler la présence d’un site archéologique inconnu. En pleine forêt vierge ! Et dans cette zone où justement on recherche, depuis cinquante ans, la ville perdue.

Les pyramides de Paratoari
Révélées par l'archéologue Rodolpho Bragagnini en mai 1976, les "pyramides"de Paratoari sont localisées dans le Parc National du Manú, Département du Madre de Dios, au sud-est du Pérou.
(Photo : Landsat II, 31 décembre)

Au tournant des années ‘70/’80, des avions de reconnaissance avaient constaté que ces fameux « points » en question étaient, en réalité, des pyramides gigantesques, situées au pied de cette montagne, la Sierra Baja du Pantiacolla (en langue quechua, Pantiaj Colla signifie "le lieu où se perd la princesse"). L’ensemble faisait quatre kilomètres de long, et, pour ce que j’ai pu constater moi-même lors de différents survols ultérieurs avec l’armée de l’air du Pérou, on dénombre environ 22 « pyramides », dont certaines ont 150 à 200 mètres d’envergure. Il y a d’autres formations semi-circulaires ou rectangulaires de grandes tailles dans le même périmètre.

A l’époque (1979-1980), l’ensemble laissait donc penser à un immense sanctuaire, voire à une ville entière, engloutie dans la jungle. Ici se cachaient peut-être les restes d’une ancienne cité inca. Peut-être même les vestiges de Païtiti, la reine des cités perdues sud-américaines.

Herbert Cartagena et Thierry Jamin
Thierry Jamin et Herbert Cartagena, veulent percer le mystère des "pyramides".
(Photo : Florence Dugowson, juillet 2002)

Avec mon complice Herbert Cartagena, un explorateur franco-péruvien, découvreur, en 1979, avec son épouse Nicole, d’une petite cité inca, Mameria, située à l’ouest des « pyramides », j’organise plusieurs expéditions dans cette région, entre 1998 et 2005, pour apporter une réponse définitive au mystère des pyramides, vieux alors d’une vingtaine d’années.

D’une manière un peu générale, il s’agit d’expéditions que nous effectuons d’abord en 4X4, depuis Cusco, l’ancienne capitale inca, située au sud du Pérou, dans la cordillère des Andes, jusqu’à certains pueblos situés aux marges de la forêt amazonienne, de l’autre côté de la cordillère. On passe alors des cols à 5.000 mètres, en direction de la plaine amazonienne, en suivant une vieille piste carrossable. Puis, vers le bout de cette piste, nous laissons les 4X4 pour embarquer sur des pirogues à moteurs (peque-peque). On remonte ainsi les cours d’eau, le plus loin possible, à travers la forêt. Jusqu’au moment où l’on doit continuer à pied, avec toute la logistique sur le dos. Et l’on s’aide de coupe-coupe pour progresser à travers la jungle, jusqu’aux zones que l’on veut explorer.

Au pieds des pyramides de Paratoari
En août 2001, l’équipe d’explorateurs parvient enfin au pied des « pyramides »...
(Photo : Florence Dugowson, août 2001)

C’est ainsi que nous avons réussis à atteindre ces fameuses « pyramides », en août 2001, après plusieurs tentatives infructueuses. A cette époque, nous ne pouvons explorer qu’une partie minime du site. Car la végétation y est si dense, le relief si chaotique et l’ensemble est si vaste qu’il s’avère difficile de tout explorer en une seule fois. Nous parvenons néanmoins à tirer quelques conclusions et à formuler quelques hypothèses.

D’abord, ces "pyramides", dont certains auteurs n’hésitaient pas à faire une cité égyptienne ou atlante, voire même une base extra-terrestre (!), sont en réalité d’origine naturelle et l’on n’a trouvé aucune ville à leur pied. Elles constituent un cas relativement rare en géologie, le résultat d’un phénomène d’érosion catastrophique connu sous le nom de “dents du diable”, ou de formations en “chevrons”. Toutefois, certaines d’entre elles paraissent avoir été retravaillées par l’homme.

 

Hachette inca
Au pied des "pyramides", sur une rive du rio Inchipiato, Ignacio Mamani découvre un jour une hachette inca. La preuve est faite : les Fils du Soleil fréquentaient bien cet endroit...
(Photo : Florence Dugowson, août 2001)

Nous découvrons, en effet, au cours d’expéditions réalisées les années suivantes, une quantité impressionnante d’objets incas, attestant la présence des Fils du Soleil dans cette zone reculée du Pérou, vierge de toute investigation archéologique. Nous mettons au jour diverses machettes en pierre, à usage militaire, d’autres en métal, champi. L’une d’entre elles est visiblement à usage domestique et donne à penser qu’elle ne peut provenir que d’un établissement permanent.

Les habitants de la forêt, les Machiguengas, considèrent ces “pyramides” comme un grand sanctuaire des “Anciens”. Ils donnent à ce site le nom de Paratoari. Ils nous parlent de la présence de socabones, ou de tunnels, dans certaines d’entre elles, et quelques-uns mèneraient droit dans la montagne. Ils utilisent aussi, au quotidien, des objets d’une valeur inestimable, semblant indiquer la présence, à proximité, d’une cité notoire.

 

Mortier inca
Dans la communauté de Llactapampa, non loin du Paratoari, les habitants utilisent un nombre considérable d’objets incas découverts dans la région. D’où proviennent-ils ? Ici, un magnifique mortier à tête de tortue.
(Photo : Florence Dugowson, août 2001)

Je découvre un jour, dans une communauté voisine des “pyramides”, un magnifique mortier inca, découvert par un jeune Indien dans un fleuve situé au nord du Paratoari. Une quantité considérable de matériel archéologique est régulièrement rapportée de ce cours d’eau, le rio Negro, lequel prend sa source de l’autre côté de la sierra du Pantiacolla.

Au fil des années, j’acquiers la conviction d’un lien étroit entre les “pyramides” du Paratoari et une cité inca importante dont je soupçonne maintenant la présence à quelques kilomètres de là, peut-être de l’autre côté de la montagne. Le but des expéditions qui vont alors s’enchaîner, entre 2003 et 2005, sera précisément de localiser cette fameuse cité.

 

Machiguenga de la communauté de Palotoa Teparo
Un Machiguenga de la communauté de Palotoa-Teparo. Connaît-il le secret des "pyramides" ?
(Photo : Florence Dugowson, août 2001)

On connaît, en effet, l’attrait des Incas et de nombreuses cultures sud-américaines pour les montagnes, émanations de la déesse Pachamama, la Terre Mère. Certaines montagnes sont aujourd’hui encore considérées dans les pays andins comme des puissances naturelles, que l’on appelle apus. La forme pyramidale jouait, par ailleurs, un rôle clé dans la cosmogonie des peuples andins. C’est le cas de Machu Picchu. Ce site célèbre, découvert en 1911, est surplombé par trois montagnes coniques, ou pyramidales, dont la plus célèbre et la plus haute est le Huayna Picchu.Cela n’est sûrement pas un hasard. Dès lors, imaginons un lieu, connu des Incas, où se dresseraient une vingtaine de Huayna Picchu...

Lors d’une expédition réalisée en juillet 2002, je repère, au pied des “pyramides”, plusieurs blocs de pierres cyclopéens, indubitablement d’origine inca. Il s’agit semble-t-il de piedras cansadas, ou “pierres fatiguées”, taillées à la mode inca et abandonnées en chemin pour une raison indéterminée. La taille de ces pierres nous donnait à penser qu’elles étaient destinées à la construction de grands édifices, tels que ceux de Cusco, de Pisac ou de Machu Picchu.

Pour plus de détails : Thierry Jamin, Pierre-Albert Ruquier, « L’Eldorado inca. A la recherche de Païtiti », éditions Hugo & Cie, Paris, novembre 2006. Acheter le livre en ligne : cliquez ici.

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