La nouvelle Vallée Sacrée des Incas (2009)

Fort de ces nouvelles données, je décide de rentrer en France vers la fin du mois de janvier 2009 pour monter une expédition d’envergure, dont l’objectif principal était d’officialiser la découverte de cet immense patrimoine péruvien qui est aussi un grand patrimoine mondial de l’humanité. On va désigner cet endroit sous le nom de code de « Zone Rouge ».

Il s’agissait d’une opération relativement lourde techniquement et financièrement et nous avions besoin de nouveaux partenaires pour la mettre sur pied. Depuis de nombreuses années déjà, nous avons la chance de pouvoir compter sur un certain nombre de partenaires industriels, notamment français, tels que la société Spot Image (Toulouse), pour la télédétection et l’imagerie satellitaire, ou l’agence Prodiris (Muret), qui gère notamment les sites Internet de GranPaititi.com et de Pusharo.com.

Cette fois, grâce à l’efficacité de mon amie Fabienne Reschly, qui est la Public Relation de ce projet de recherche, nous réalisons un partenariat avec la société Telespazio France (Toulouse), une filiale de Thalès. Elle va nous fournir un système de balises de géo localisation, des images radar et un système de télémédecine très performant (la valise Medessat). Nous réalisons également un partenariat magnifique avec la Municipalité de Toulouse. Et finalement, TF1 s’associera au projet pour l’émission « Reportages ». Bref, quelques semaines après mon arrivée en France, l’opération « Antisuyu 2009 » se met en place et dès la fin du mois d’avril, nous sommes de nouveau prêts pour le départ.

L’expédition devait se dérouler en deux temps :

Zone de Mameria
La zone de Mameria et du Piñi Piñi, nouveau théâtre des investigations de Thierry Jamin et de son groupe.
(Photo : Courtesy, Spot Image, 2007)

L’idée était d’abord d’aller étudier une région proche de la « Zone Rouge », située à une douzaine de kilomètres au sud-est. Cette zone comprenait le secteur de Mameria, découvert par Nicole et Herbert en 1979, mais jamais étudié de manière scientifique. C’était là aussi notre compromis avec les autorités péruviennes.

Puis, un hélicoptère devait venir nous récupérer et nous conduire vers notre « Zone Rouge », où nous pensions trouver ces fameuses ruines. On avait eu un peu de mal pour obtenir toutes les autorisations nécessaires, car cette zone est comprise dans le territoire d’une communauté native en isolement volontaire, celle des Kuga Pakuris. Il s’agit d’Indiens qui ont une très mauvaise réputation. On sait très peu de choses sur eux et la plupart des données que nous possédons nous viennent des Machiguengas. Ils vivent de manière assez sauvage, nus, mangeant la viande crue, attaquant les Machis pour leurs voler leurs vêtements et ils pratiqueraient même encore l’anthropophagie. Il a fallu nous entourer d’énormément de précautions et donner beaucoup de garanties aux autorités péruviennes pour les amener finalement à nous autoriser à pénétrer dans cette région. Ils redoutaient que nous nous fassions attaquer, ou que nous les contaminions par un virus, comme celui de la grippe. Il y avait eu un précédent fâcheux (voir la rubrique "SOS Patrimoine" et l'affaire CICADA).

 

Vers la forêt du Manu
Comme aux temps héroïques des naturalistes, notre équipe abandonne les 4X4 et entame à pied et à dos de mules un long voyage à travers les Andes, en direction de la forêt du Manú et de la zone archéologique de Mameria. Au premier plan, notre compagnon Melque.
(Photo : Thierry Jamin, mai 2009)

C’est ainsi que le 7 mai 2009, l’expédition « Antisuyu » quitte enfin Cusco, à bord de deux 4X4, en direction du nord et du petit village de Suyo. Pour la première fois, nous ne partons pas vers le rio Alto Madre de Dios, mais vers une zone du département de Cusco encore très mal connue, et dans laquelle, depuis des années, des paysans du coin me parlent de l’existence de ruines importantes, situées dans une vallée menant directement dans le secteur de Mameria et de la « Zone Rouge », à la frontière des départements de Cusco et de Madre de Dios.

Après dix heures de route en 4X4 à travers les Andes et la Çera de Selva, nous abandonnons nos véhicules dans un pueblo et chargeons la logistique sur des mules.

 

Llactapata
Sur le chemin de Mameria, Thierry Jamin et son groupe traversent la vallée de Lacco. Au détour d’un chemin, ils découvrent la cité perdue de Llactapata. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises…
(Photo : Thierry Jamin, mai 2009)

Le but, avant d’atteindre Mameria, était de répertorier tous les indices de nature archéologique montrant la présence permanente des Incas dans cette région. Et des indices de leur présence, nous en avons détecté partout ! Nous rencontrons une quantité impressionnante de ruines tout à fait inconnues. Et puis un jour, nous tombons sur une cité complète ! Une cité magnifique, avec ses maisons aux murs garnis de niches, avec ses portes monumentales, ses rues et ses places. On n’en revient pas ! Cette ville perdue, sur le chemin de Païtiti, est connue par les habitants du coin, sous le nom de Llactapata, qui signifie simplement en quechua « le village dans la montagne ». Il existe des dizaines de sites avec ce toponyme. Cette ville devait avoir un autre nom. En tout cas, nous sommes sous le choc !

Nous restons quelques heures à explorer cette cité, que nous devons bientôt laisser, pour continuer notre route vers Mameria. Mais je me promets d’y revenir dès que possible !

Nous empruntons durant plusieurs jours des chemins incas magnifiques, et totalement inconnus. Puis nous arrivons enfin dans la zone de Mameria après une semaine et demie de marche épuisante.

Mameria : secteur de Chacopango
Dans la zone de Mameria, l’exploration commence. Ici un mur, dans le secteur archéologique de Chacopango.
(Photo : Thierry Jamin, mai 2009)

Quelques mots sur Mameria. D’après ce que m’en disaient Nicole et Herbert Cartagena, il s’agissait d’une petite cité agraire de quelques dizaines de maisons. A l’époque c’est une découverte très importante car c’est la première preuve matérielle de la présence permanente des Incas en forêt amazonienne. Et le premier indice véritablement scientifique de la possible existence d’un grand centre de population, tel qu’a dû l’être Païtiti.

En effet, la zone de Mameria est couverte de kilomètres carrés de cultures en terrasse et donne l’impression qu’il s’agissait d’un centre de production agricole destiné à l’alimentation d’une population importante, située quelque part, non loin de là.

En mai dernier, nous allons réaliser la première étude scientifique de la région. Nous découvrons qu’en réalité, il n’existait pas une « cité perdue » de Mameria, mais tout un réseau de petits villages, répartis dans la vallée du rio Mameria. La zone se révèle beaucoup plus importante que nous le pensions auparavant. C’était une grande zone agricole. Et certaines terrasses de culture comportent encore, cinq siècles plus tard, des plans de coca, destinés à l’époque à la noblesse inca !

Secteur du four à Mameria
Le secteur du « four », dans la zone de Mameria. La construction est aujourd’hui très dégradée en raison de l’action des huaqueros et de la nature, qui peu à peu reprend ses droits.
(Photo : Thierry Jamin, mai 2009)

Au total, cette première phase de l’opération « Antisuyu 2009 » va se révéler d’une extrême richesse et nous permettre d’engranger des données nouvelles inédites et même inespérées.

Cette zone semble avoir constituée la zone de contact principale entre la région de Cusco, capitale de l’empire, et celle de Païtiti, située dans la jungle. On détecte la présence de ruines un peu partout.

Une quinzaine de jours après notre arrivée à Mameria, un hélicoptère MI 17 de la PNP vient nous récupérer et doit à présent nous conduire une quinzaine de kilomètres plus au nord, vers cette fameuse « Zone Rouge ».

Le jour du transfert, le temps n’est pas au beau fixe. Il pleut abondamment et le vol qui ne devait durer qu’une dizaine de minutes va se prolonger une quarantaine de minutes. Malgré le GPS embarqué, nous finissons par nous perdre et devons nous poser sur les rives d’un fleuve inconnu pour faire le point. Au passage, on se fait bombarder de flèches par des Natifs cachés dans des arbres.

L'hélicoptère de la PNP
Le 29 mai, un hélicoptère MI-17 de la Police Nationale vient récupérer l’équipe à Mameria pour l’emmener 12 kilomètres plus au nord, dans la fameuse « Zone Rouge »…
(Photo : Thierry Jamin, mai 2009)

On redécolle quelques minutes plus tard. Et l’hélico finit par nous poser à l’endroit supposé de la « Zone Rouge », mais je ne reconnais pas vraiment l’endroit survolé quelques mois plus tôt.

Nous installons cependant un nouveau camp de base sur le site. Mais l’exploration que nous réaliserons les jours suivants dans la zone se révèlera très décevante. A ma grande surprise, nous ne détectons aucun indice de nature archéologique dans le secteur.

Par ailleurs, la zone censée être occupée par les Kuga Pakuris est en réalité habitée par des Machiguengas.

Après plusieurs jours d’exploration sans résultat, il devient clair que nous ne trouverons rien par là. Nous avons l’impression d’une confusion de lieu.

Au début du mois de juin 2009, la mort dans l’âme, je décide de mettre un terme à cette seconde phase et de rentrer à Cusco. Païtiti n’est pas au rendez-vous…

Quelques jours plus tard, à Cusco, les vérifications que nous effectuons sur nos cartes nous confirment que nous ne sommes pas allés au bon endroit. Nous n’étions pas loin, à vrai dire. Mais le sale temps nous a joué un tour. Il faudra donc retourner dans cette zone à la prochaine saison sèche.

Pour autant, la campagne 2009 n’était pas terminée. Comme je me l’étais promis, nous sommes repartis au mois de juillet suivant vers cette vallée dans laquelle nous avions aperçu tant de restes incas et cette cité perdue de Llactapata.

La forteresse de Hualla
L’incroyable mirador de la forteresse de Hualla, située à l’entrée de la première zone de la vallée de Lacco.
(Photo : Thierry Jamin, décembre 2009)

Cette nouvelle expédition, qui a duré trois semaines va se révéler exceptionnelle. Car non seulement nous avons confirmé l’importance de la cité de Llactapata, mais nous avons encore découvert une dizaine de sites archéologiques totalement inconnus. Cinq d’entre eux, sont de l’ampleur de Pisac ou de Choquequiraw. Nous n’en croyons pas nos yeux !

Nous faisons chaque jour d’étonnantes découvertes. Nous découvrons un jour une incroyable nécropole, contenant des dizaines voire des centaines de momies incas. Question : d’où sont originaires les personnes enterrées dans cette zone reculée ? Sûrement pas de Cusco.

La vallée où nous sommes se révèle comme une nouvelle Vallée Sacrée des Incas. Et plus nous l’explorons, en direction de la jungle et de la « Zone Rouge », plus les sites rencontrés sont de grandes ampleur.

Le temple jaune de Llactapata
Le magnifique « temple jaune » de la cité de Llactapata, localisée dans la première zone de la vallée de Lacco.
(Photo : Thierry Jamin, mai 2009)

Les habitants de la Vallée nous assurent que toutes ces ruines, tous ces chemins incas, conduisent vers une « ville principale », perdue quelque part dans la jungle…

Pour plus de détails sur les dernières expéditions de Thierry Jamin et les découvertes de son équipe : voir son prochain livre, à paraître bientôt aux éditions du Cherche Midi…

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