Le scandale de Cicada

Dans le cadre d’un projet de Télé-réalité, une équipe anglaise de télévision est accusée d'avoir contaminé des Indiens isolés.

Une violente polémique fait actuellement rage en Amazonie péruvienne autour des activités d'une équipe de télévision britannique de la compagnie Cicada Films. Les Indiens, des représentants du gouvernement et des scientifiques indépendants ont accusé l'équipe de télévision d'avoir été à la rencontre de communautés indiennes très isolées alors qu'il leur avait été fortement déconseillé de le faire. Les Indiens isolés ont rapporté que cette rencontre avait provoqué une épidémie de maladies respiratoires qui a tué quatre personnes et a laissé plusieurs autres dans un état grave.

Nicanor, un Machiguenga de la communauté de Yomybato. Son frère a rapporté l’affaire de la contamination du virus de la grippe par l’équipe de CICADA.
Nicanor, un Machiguenga de la communauté de Yomybato. Son frère a rapporté l’affaire de la contamination du virus de la grippe par l’équipe de CICADA, auprès de la communauté machi contactée.
(Photo : G. H. Shepard Jr., February, 2008)

L'équipe procédait apparemment à des repérages pour une émission de télé-réalité appelée “World’s Lost Tribes”  (soit “Les tribus perdues du monde”) qui sera diffusée sur Discovery Channel.

Cicada Films nie pourtant farouchement ces accusations :
"Nous rejetons catégoriquement la responsabilité [sic] de l'introduction de maladies respiratoires, puisque à notre arrivée dans les campements que nous avons visité, il y avait quatre personnes malades présentant déjà des symptômes de maladie respiratoire".

Selon Glenn Shepard, un anthropologue américain qui était présent lors des repérages à Yomybato, la communauté des Indiens machiguengas, les membres de l'équipe se sont plaints que les habitants soient "occidentalisés". Dans une déclaration écrite, l’anthropologue rapporte leur déception :
"Nous nous passerions bien de leurs shorts, des gars qui jouent au football et de leur école…"

Glenn Shepard a également indiqué que l'équipe avait décidé de se rendre plus en amont de la rivière, vers les villages les plus isolés, bien qu’il l’ait prévenue que l'isolement des Indiens et leur manque d'immunité face aux maladies occidentales bénignes risquait de mettre leur vie en danger.

Matt Currington, réalisateur de documentaires basé à Londres, a été accusé d'avoir déclencher 'une mini-épidémie' dans un village machiguenga
Sur cette photo, à droite, Matt Currington, réalisateur de documentaires basé à Londres, a été accusé d'avoir déclencher "une mini-épidémie" dans un village machiguenga de 250 personnes qui aurait entraîné la mort de trois enfants et d'un adulte machiguengas.
(Photo : G. H. Shepard Jr., février 2008)

Selon une déclaration de la Fédération Native de Madre de Dios et Affluents (FENAMAD), l’organisation indienne régionale, l'équipe a bien remonté la rivière et provoqué une épidémie de grippe qui a causé plusieurs décès. La FENAMAD accuse les réalisateurs de "menacer la vie des Indiens isolés" et demande que Cicada Films ne soit plus autorisée à pénétrer de nouveau dans la région.

A l’Instituto Nacional de Recursos Naturales (INRENA) de Lima, le responsable de l’Intendance des Aires Protégées, Jorge Ugaz,  a déclaré que les équipes de Cicada "avaient obtenu un permis uniquement pour se rendre dans la communauté de Yomybato ; ce permis excluait formellement la visite des Indiens isolés ou récemment contactés … [mais] le permis n'a pas été respecté et l'équipe de Cicada est allée [en amont de la rivière] en plein cœur de la zone strictement protégée". Celui-ci a également précisé que l'équipe ne serait plus autorisée à pénétrer de nouveau dans la zone.

Cicada Films avait déjà provoqué une polémique autour d’un documentaire sur une expédition chez des Indiens d'Equateur qui aurait déclenché une attaque d'Indiens Waorani non contactés.

En réponse au rapport de la FENAMAD, Cicada Films a déclaré :
"Ces accusations ne concordent pas avec les faits, car nous n'avons jamais pénétré en amont de la rivière, nous ne nous sommes jamais rendus dans la localité en question et certainement pas au moment de l'épidémie et de toutes les manières, aucune épidémie n'a été officiellement rapportée."

Stephen Corry, directeur de Survival international, a déclaré quelques semaines après la révélation de l’affaire :
"Cette polémique illustre bien le risque que représente la course à l'audimat de la télé-réalité pour les peuples indigènes. Depuis le succès de la série "Tribes" de la BBC2 qui a présenté de manière assez respectueuse les peuples indigènes sur le petit écran, les programmes choquants et outranciers sur le sujet se sont multipliés. Les principes essentiels à respecter sont la sensibilité et l’authenticité, ce que certaines sociétés de production audiovisuelle ne semblent pas maîtriser".

D’après l’article paru sur le site www.survivalfrance.org , du 26 mars 2008
Plus d'Infos sur l'affaire CICADA : http://www.fenamad.org/noticias.htm#11

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